Meurtre de Thomas : enfin, la justice regarde aussi le racisme anti-Blancs

C’est une avancée judiciaire majeure dans l’affaire du meurtre de Thomas Perotto. Près de trois ans après la nuit tragique de Crépol, les onze accusés renvoyés devant la cour d’assises seront finalement jugés avec la circonstance aggravante de racisme visant « la race blanche et la nation française ». Une décision qui mérite d’être saluée, tant cette dimension du dossier aura suscité interrogations, controverses et incompréhensions.

Depuis le 19 novembre 2023, une question demeurait au cœur du dossier : les violences qui ont conduit à la mort de Thomas avaient-elles également été accompagnées de propos visant les victimes en raison de leur appartenance supposée à une communauté ou à une nation ?

Au fil de l’instruction, plusieurs témoins ont rapporté des propos hostiles aux Blancs et aux Français. Parmi les témoignages versés au dossier figurent notamment des déclarations faisant état de phrases telles que « on est là pour tuer des Blancs ». La matérialité, la portée et l’attribution exacte de ces propos devront évidemment être débattues contradictoirement devant la cour d’assises. Mais leur existence dans la procédure est désormais suffisamment prise en compte pour que la circonstance aggravante soit maintenue dans le renvoi.

Cette décision est d’autant plus importante que le parquet de Valence avait, dans ses réquisitions définitives de juin, estimé que le motif racial n’était pas suffisamment démontré et n’avait pas retenu cette circonstance aggravante. Les juges d’instruction ont finalement adopté une appréciation différente du dossier.

Il faut se féliciter de cette évolution pour une raison simple : la justice doit pouvoir examiner toutes les formes de racisme avec les mêmes exigences.

Le droit français ne réserve pas la circonstance aggravante de racisme à une couleur de peau ou à une origine particulière. Comme l’a rappelé le professeur de droit Evan Raschel, le texte vise une « prétendue race », une ethnie, une nation ou une religion déterminée, sans établir de distinction selon le groupe concerné. La circonstance aggravante peut donc, en droit, viser des propos ou actes dirigés contre des personnes perçues comme blanches ou françaises.

C’est précisément ce principe d’universalité de la loi qui doit prévaloir.

Reconnaître que des Blancs peuvent être victimes de propos ou d’actes racistes ne signifie évidemment pas nier les autres formes de racisme. Cela signifie simplement que la justice ne doit fermer aucune porte lorsqu’elle recherche les circonstances exactes d’un crime.

Dans l’affaire Thomas, cette exigence est particulièrement importante. La famille du jeune homme a droit à ce que toutes les questions soulevées par cette nuit du 18 au 19 novembre 2023 soient examinées au cours d’un procès public et contradictoire.

La décision des juges ne constitue pas un verdict. Elle ne signifie pas que les accusés sont coupables de racisme : la cour d’assises devra examiner les preuves et trancher souverainement. Des recours demeurent également possibles sur les qualifications retenues.

Mais une étape essentielle vient d’être franchie.

Après près de trois années d’instruction, la justice accepte désormais que la question du racisme visant les victimes puisse être pleinement débattue au procès. C’est le rôle de la justice : ne rien écarter a priori, ne rien minimiser, ne rien exagérer et appliquer la même loi à tous.

Pour Thomas, pour sa famille et pour tous ceux qui attendent depuis novembre 2023 que la lumière soit faite sur cette nuit de Crépol, cette avancée ouvre enfin la voie au débat judiciaire complet qu’ils réclament.